L'Humain au coeur du système de santé

1. Remettre l’humain au cœur du système

2. Déplacer le centre de gravité du système et harmoniser les statuts

3. Le véritable socle et sa nécessaire réforme de la formation des professionnels de santé niveau bac

SOMMAIRE

 

1. Remettre l'humain au cœur du système

Réintroduire l’HUMAIN : parce que oui, on l’a un peu oublié.

Pourquoi choisit-on de soigner si ce n’est pour se mettre au service des autres et avoir le souci de l’autre ? C’est toute une vision du système de santé qui est à reconsidérer : en premier lieu, rien ne peut faire l’économie de l’humain et du présentiel, il est donc nécessaire de former et d’emmener une véritable augmentation des personnels de santé et cela à tous les niveaux de formation.

Cependant, cette volonté en dehors des aspects budgétaires se heurte à un problème récurrent, celui du recrutement. Chaque niveau de formation a ce problème mais avec des causes et des origines différentes.

Par ailleurs, l’autre aspect, et non des moindres, est que nous sommes dans un culte du diplôme, ce qui relève d'un problème sociétal, et non dans celui du juste métier.

 

Il n’y a pas de sous métier, dit le proverbe. Et si cette crise mondiale nous apprend quelque chose, c’est bien que certains métiers sont essentiels, ceux du soin et de la santé, et surtout que TOUS les métiers du soin et de la santé sont essentiels. Nous ne pouvons nous passer d’aucun échelon professionnel. Cette vision organique des professions de santé, où chaque profession est vitale à l’équilibre, et où le fonctionnement du système tout entier nécessite de travailler avec tous les échelons.

 

Cela signifie que le plan de transformation ne pourra être pensé qu’avec la consultation et les contributions des représentants de chaque niveau. Cela signifie aussi que les instances de décision dans les établissements doivent apprendre à travailler avec tous et apporter une collégialité dans le processus décisionnel.

Pour redonner crédit à la parole des acteurs de terrain et de la base, nous devons réapprendre que nulle profession n’est plus importante qu’une autre. 

Liens utiles :

2009 - Rapport Brunelle

2. Déplacer le centre de gravité du système de santé et tendre vers l’harmonisation statutaire

 

Aujourd'hui, il est primordial de déplacer le centre de gravité du système de santé, de la population médicale vers les paramédicaux spécialisés.

 

L'évolution de notre société nous demande de repenser notre rapport au soin mais aussi au monde du soin. Effectivement, nous assistons aujourd'hui à l'émergence de nouvelles professions, notamment les paramédicaux praticiens, avec des domaines de compétences élargis.

Notre démographie médicale est en berne et nous n'avons, à l'heure actuelle, pas la possibilité de former rapidement de nouveaux médecins : nous n'avons pas le déterminisme suffisant, au sein de notre société, pour trouver le vivier de qualité nécessaire pour ces études, qui sont certainement les plus difficiles de toutes. Par ailleurs, nous n'avons pas non plus la capacité universitaire suffisante pour prendre en charge une éventuelle augmentation conséquente d’étudiants.

Ces problèmes soulignent la nécessité d’un continuum des professions : aujourd'hui encore, le fossé qu'il existe entre études médicales et paramédicales est trop important. Ce fossé trouve son origine dans l'héritage laissé par une médecine du 19ème siècle toute puissante.

 

Or il est clair qu'on choisit de devenir médecin, infirmière, par passion, par vocation. Et la vocation, ça ne se rétribue pas, c’est une forme de bénévolat. Cette représentation caricaturale et éculée est toujours aussi coriace dans l’imaginaire collectif et influe inconsciemment sur les rôles que nous donnons à ces professionnels de santé. Cependant notre société a évolué, et, avec elle, notre société soignante.

Les infirmières ne sont plus de simples garde-malades.

Elles sont devenues cliniciennes, praticiennes.

Les infirmières ne sont plus de simples garde-malades. Elles sont devenues cliniciennes, praticiennes. Et cette évolution concerne toutes les professions paramédicales. Qui elles-mêmes se sont multipliées, emmenant au fil des années dans le paysage professionnel de santé des nouvelles professions.

 

Au fil des années, on a pu observer :

  • L'universitarisation des études paramédicales ;

  • L'harmonisation avec les autres pays européens, toujours en cours ;

  • Une tendance à la mutualisation de certains cours pour créer un socle commun médico-paramédical, afin de faciliter passerelles et réorientations ;

  • Des inégalités d’évolution des formations et des statuts des nombreuses professions paramédicales ;

  • Et surtout, la création de nouvelles professions, inexistantes il y a 20 ans, avec les Infirmières en Pratiques Avancées (IPA). Elles ont un champ de compétences élargi, avec des prescriptions spécifiques limitées à leur spécialité.

 

Les pratiques avancées, en permettant aux professions paramédicales de s’inscrire dans une démarche LMD (Licence-Master-Doctorat), offrent non seulement une perspective d’évolution professionnelle et une reconnaissance statutaire, mais aussi une possibilité de convergences entre diverses professions et de passerelles dans un schéma simplifié et bien plus lisible. Ce développement professionnel peut concerner en premier chef les infirmières bien sûr, mais permet d’être appliqué à d’autres professions qui, comme toutes, sont en constante évolution. 

 

En ce qui concerne les Infirmiers Diplômés d'Etat (IDE), ont été mises en place, depuis septembre 2019, les spécialités suivantes pour les Infirmières en Pratique Avancées (IPA) :

  • Pathologies chroniques stabilisées, prévention et polypathologies courantes en soins primaires ;

  • Oncologie et hémato-oncologie ;

  • Maladies rénales chroniques, dialyse et transplantation rénale.

Ont également été annoncées, sans calendrier pour l'instant, les spécialités suivantes :

  • Santé mentale ;

  • Urgences.

Je propose également :

  • Une IPA (Infirmière en Pratique Avancée) Gériatrie-Soins Palliatifs, pour soutenir la prise en charge des personnes âgées. Cette crise en démontre toute la pertinence, la prise en charge du grand âge étant l’enjeu de nos sociétés. En particulier, ces Infirmières en Pratique Avancée (IPA) auraient la possibilité d’établir les constats de décès, palliant ainsi à l'un des grands scandales sanitaires permanents de nos déserts médicaux ;
     

  • Une IPA Santé scolaire, pour ce milieu essentiel, où la carence de médecins est pourtant criante. Cette IPA permettrait de donner un véritable champ de compétences avec une prescription limitée : information, prévention, surtout dans le domaine sexuel et reproductif, mais aussi dans celui des addictions, avec une formation solide en psychologie. Et bien entendu, un recrutement massif ;
     

  • Une IPA Santé au travail.

*Voir la page "Nouvelles professions"

Enfin, la logique voudrait que l’on considère comme IPA en anesthésie dès maintenant les IADE (Infirmière-Anesthésiste Diplômées d'Etat), afin d'obtenir une harmonisation des statuts.

 

Après avoir réformé et complété leurs formations en les conduisant à deux années de spécialisation, les IBODE (Infirmière de Bloc Opératoire Diplômée d'Etat) et Puéricultrices doivent accéder à ce statut pour devenir des IPA de bloc opératoire et des IPA en Puériculture.

Cela dans un souci d’harmonisation mais aussi d’intégration dans le champ professionnel de nouvelles professions. Celles-ci peuvent attiser des jalousies et des disparités qui n’ont pas lieu d’exister.

 

Plutôt que de confronter les professions les unes aux autres, aplanissons les sujets d’achoppement et les statuts, avec le salaire qui va avec. L’harmonisation des grilles salariales est toujours un marqueur fort.

Et de nombreux travaux préconisent cette montée en compétence pour d’autres professions, je pense aux opticiens-lunetiers et orthoptistes qui pourraient converger vers une Pratique Avancée en Santé Visuelle ou encore les psychomotriciens qui ont un besoin d’évolution vers une Pratique Avancée en Psychomotricité. Il est à noter que de nombreuses professions ont aussi ce besoin de s’inscrire dans cette démarche LMD (Licence-Master-Doctorat), par exemple, les orthophonistes sont déjà Master II mais pas les masseurs-kinésithérapeutes qui ont pourtant 5 ans d’études. 

 

Il ne faut pas négliger combien cette reconnaissance statutaire peut jouer sur l’attractivité des professions et donner une souplesse pour les réorientations et perspectives qui manquent tant dans chacune des filières. Ce déplacement du barycentre des professions médicales a, par ailleurs, déjà eu lieu dans certains pays comme le Canada ou les USA. Tout simplement parce qu’ainsi va le monde et vivre dans le souvenir peut nous nourrir, en aucun cas nous paralyser.

 

De même, peu de pays ont des sages-femmes en tant que profession médicale comme en France. Étudier l’accès à cette formation pour des IDE (Infirmières Diplômées d'Etat), avec une spécialisation en Pratique avancée obstétrique-gynécologie, est une piste (délicate à proposer, c’est vrai) qui mériterait d’être étudiée. Elle serait à faire converger avec la formation médicale.

La formation de ces professionnels de santé est de 5 ans après le Bac, Master II donc. Mais la spécialisation en elle-même ne dure que 2 ans, on peut donc former et emmener rapidement sur le terrain ces paramédicaux praticiens.

Ce centre de gravité ne signifie pas retirer les responsabilités et diminuer le leadership médical dans l’aspect décisionnel, mais bien de transformer notre façon de travailler vers une collégialité multi professionnelle, et de faire reposer certaines orientations et conduites de traitements et de soins sur des paramédicaux praticiens. Cela est déjà ébauché dans les staffs de service mais souvent, ce sont les cadres qui représentent les soignants.

 

3. Proposition de réforme de la formation des professionnels de santé de niveau bac

Mutualisation, Flexibilité, Perspectives

Mutualisation : des études médico-sociales et sanitaires avec un socle commun d’un semestre à toutes les professions ;
 

Flexibilité : avec un semestre de spécialisation ouvrant sur un choix d’orientations professionnelles multiple vers toutes les professions paramédicales et médico-sociales niveau V, permettant ainsi le changement d’orientation professionnelle dans un second temps avec un deuxième semestre de spécialisation. La création et l'introduction dans la formation professionnelle de nouvelles professions : assistant médical, aide-kiné, ambulancier nouvelle génération... ; 
 

Perspectives : accès uniformisé basé sur un portail d’entrée et non plus sur un concours, tel qu'a été commencé pour les assistantes sociales en 2020. Fin de la sélection par concours et par préparation au concours.

La fin d’études serait sanctionnée par un baccalauréat paramédical afin de permettre l’accès à Parcoursup et donc de rejoindre le système d’enseignement supérieur, à l’instar des autres formations.

Ils sont le véritable socle du système de santé et comme tous les socles, il est le moins visible.

 

Sans ambiguïté, les professionnels de santé et médico-sociaux de « base » sont irremplaçables. C'est une des leçons de la crise de la Covid-19. En nombre insuffisant, exposés en première ligne, sous-payés, jusqu’alors peu considérés, la canicule avait déjà montré leur action héroïque. On leur avait, alors, apporté des climatiseurs. Et pourtant, déjà, c’est du nombre dont on avait besoin. 

 

Les embauches sont indispensables, c’est d’ailleurs ce que réclamait les grévistes des EHPAD et des hôpitaux. La revalorisation salariale va de soi mais cela n’est pas la seule cause de la difficulté de recrutement de ces professions.

Le recrutement est difficile, tant pour les formateurs que pour les employeurs : les instituts de formation sont incomplets, les rentrées scolaires sont retardées. Malgré une spécialisation mise en place pour les aides-soignants (AS), l’attractivité des métiers du grand-âge reste faible. Par conséquent, les employeurs manquent de personnel et peinent à recruter. Mais comment pourrait-il en être autrement avec des horaires  contraignants, des conditions de travail difficiles, des situations psychologiques difficiles voire douloureuses, et cela avec une rémunération dérisoire ?

Il est impératif de briser la frontière qui existe entre les secteurs de la santé et du médico-social, encore basée sur le prétexte que ce sont deux secteurs du ministère qui en ont la compétence. Ce sont des professions très similaires pour certaines, mais avec des parcours et des accès, en particulier à la formation, très hétérogènes et très complexes. 

Ce sont aussi des métiers difficiles et peu considérés où les mots déconsidération, dévalorisation, manque de reconnaissance sont omniprésents. Peut-être parce que ce sont des métiers de l’ombre, à forte prédominance féminines donc peu représentés d’un point de vue syndical. À cela s'ajoutent des dépassements d’actes fréquents ainsi qu'une confusion entre les métiers (les personnels alternent sur des postes pour lesquels ils ne sont pas habilités).

C’est pourquoi, après avoir consulté toutes les professions sanitaires et médico-sociales concernées, j’ai proposé une refonte complète de la formation de ces professions axée sur trois points essentiels :

Actuellement,  le système de formation est peu lisible et ses contenus sont insuffisants. La lisibilité et l’accessibilité aux formations sont pourtant des points fondamentaux pour l’attractivité de ces professions.

 

Malheureusement, on retrouve une très grande complexité pour l’accès à ces métiers. Même le langage y est complexe : Pourquoi appeler “accompagnant éducatif et social de la vie en structure collective" ce que tout le monde connaît comme "auxiliaire de vie" ? 

Les concours à l’entrée et plus encore les préparations aux concours sont inadaptés et onéreux alors que ces professions sont faiblement rémunératrices.   

Il faut donc agir pour la valorisation et la reconnaissance de ces professions à travers leurs formations à plusieurs niveaux :

  • Agir sur l’accessibilité de ces formations ;

  • Développer les perspectives et les passerelles ;

  • Mettre à jour les décrets de compétences ;

  • Créer un baccalauréat paramédical ;

  • Créer de nouvelles professions.

 

Cette réforme de la formation s’articule autour de 3 points :

 

  1. Mise en place d’un portail d’accès unique. Un tel portail permettrait facilité et compréhension à l’offre de formation, avec un système de prérequis en lieu du concours : intérêt pour les questions sanitaires et sociales ; qualités humaines et relationnelles ; compétences organisationnelles et savoir-être ; capacité d’expression orale et écrite. On pourrait également mettre un focus sur la localisation des formations afin de faire coïncider territoires de recrutement et bassins de formations.
     

  2. Création d’un socle commun d’enseignement avec une harmonisation de la durée d’enseignement portée à un an. Le premier semestre d'enseignement constituerait le socle commun à toutes les professions, avec des enseignements de connaissances, en alternance avec des stages professionnels, tous les deux communs au sanitaire et au médico-social. Le deuxième semestre constituerait l'enseignement de spécialisation pour les formations suivantes :  aide-soignant ; auxiliaire de puériculture ; ambulancier ; assistant dentaire ; accompagnant éducatif et social et assistant médical.
     

  3. Passage vers un niveau IV avec la création d’un baccalauréat paramédical avec options. L'obtention d'un tel baccalauréat permettrait aux bacheliers de suivre ultérieurement un enseignement supérieur par l'inscription à "Parcoursup".

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