Offre de soins public-privé

1. Lutter contre la désertification médicale par une politique d’attractivité efficace

2. Repenser le transport sanitaire

3. Donner la priorité au décloisonnement

1. Lutter contre la désertification médicale par une politique d’attractivité efficace

 

L'inégalité dans la répartition des médecins et l’accès aux soins primaires est aujourd’hui criante entre les territoires. Les communes font face à des départs précipités, à des difficultés à attirer de nouveaux médecins dans ces zones reculées et se retrouvent, in fine, dans l’incapacité à pouvoir remplacer des médecins malades ou sur le point de partir à la retraite.

 

La désertification médicale, si préoccupante soit-elle, n’est cependant, pas une fatalité. Les élus, tant locaux que nationaux, ont pleinement conscience de l’urgence à construire des projets de santé adaptés aux besoins des territoires sous-dotés et de garantir l’accès aux soins partout et pour tous. 

 

En France, des territoires ont réussi à mettre en place de véritables politiques d’attractivité médicale ajustées à leurs spécificités et construites sur l’instauration de mesures concrètes visant à favoriser l’installation de nouveaux médecins. En travaillant de manière conjointe avec les acteurs de santé des territoires, ces départements ont su trouver des solutions innovantes et adaptées. A ce jour, ils présentent un solde positif entre les départs et les installations de nouveaux médecins.


 

Des solutions en fonction des territoires !


 

Chacun de ces départements qui a mis en place une politique de lutte contre la désertification médicale l’a fait en conscience de ses particularités. Il n’y pas une seule et unique réponse. Au contraire, la construction d’une nouvelle offre de soin doit être territorialisée.

 

Chacune de ces politiques est constituée de dispositifs différents qui correspondent aux enjeux actuels de la santé :

 

  1. Valoriser le lien social ;

  2. Transformer l’offre de soin par le développement du numérique ;

  3. Attirer les jeunes médecins en milieu rural.

Valoriser le lien social

L'exercice isolé d’un professionnel de santé seul dans son cabinet n’est plus la règle.  Aujourd’hui, un jeune médecin préfère une structure dans laquelle il sera salarié, dans laquelle il ne travaillera pas tout seul et n'aura pas besoin d'investir.

 

Ces changements de pratiques font, justement, le succès des maisons de santé pluridisciplinaires (MSP) car il s’agit de travail en équipe. Dans ces structures, le « travailler ensemble » est le nouveau mode d’exercice professionnel. Se côtoient médecins, chirurgiens-dentistes, sages-femmes, pharmaciens, auxiliaires médicaux, auxiliaire de puériculture mais aussi aides-soignants et ambulanciers.


La modernisation de l’organisation des professionnels de santé ne s’arrête pas là. D’autres initiatives prennent racine sur le territoire national comme la création de centres de santé départementaux. Ici, la particularité est que les médecins sont salariés du Département. Chaque centre de santé accueille des médecins généralistes et des équipes administratives. Les médecins assurent, aussi, des consultations à domicile et dans les EHPAD. Les professionnels de santé, avec des contrats à mi-temps, à 35 heures ou 39 heures hebdomadaires, affichent un profil différent et complémentaire.

Développer le numérique

Aujourd’hui, notre système de santé est à bout de souffle et la crise sanitaire que nous traversons ne fait que mettre en exergue ses difficultés. Afin de maintenir un niveau de qualité, des changements majeurs doivent être engagés. La révolution numérique est l’opportunité pour amorcer une transformation dans le respect de nos valeurs éthiques. Le numérique est un outil pour la santé qui peut permettre de relever plusieurs défis, à condition de ne pas vouloir remplacer l’humain.

 

La télémédecine est une autre manière de soigner garantissant un niveau de soin et de suivi équivalent à la médecine en présentiel. Face à la diminution du nombre de médecins sur leurs territoires et à la perspective de nombreux départs à la retraite non remplacés dans les prochaines années, les élus locaux font le choix de la télémédecine. C’est le cas dans le département d’Île-de-France, avec l’ouverture d’un cabinet francilien rural de télémédecine qui a permis de préserver l’offre de soin sur la collectivité.

Attirer les jeunes en milieu rural

A la fin de leur cursus, les étudiants en médecine n’ont pas forcément envie de s’installer en milieu rural. Préférant, au contraire, une moyenne ou grande ville car ils y ont construit leur vie, qu’ils y ont étudié ou bien que leur conjoint y soit déjà engagé professionnellement.

 

Pour pallier cette difficulté, des initiatives départementales ont prouvé leur efficacité. Pour favoriser l’installation de nouveaux jeunes médecins, ces collectivités ont fait le choix de promouvoir leur territoire, de mettre en avant leurs atouts, leurs spécificités, le cadre de vie qu’ils pouvaient offrir à ces praticiens qui, ne l’oublions pas, sont des jeunes. Ces initiatives locales ont été complétées par des dispositifs d’aides économiques conséquents. Ci-dessous, quelques pistes explorées pour :

 

Améliorer les stages des jeunes médecins :

 

  • Création d’un partenariat avec la faculté de médecine présente sur le département (quatre stages sur six se font en milieu rural) ;

  • Création d’une aide logistique et financière : les internes en médecine ambulatoire en stage chez les praticiens libéraux peuvent bénéficier d’une aide financière à l’hébergement, d’une assistance pour trouver un logement et d’une aide pour les transports. Pour solliciter l’aide financière, il suffit de remplir un formulaire en ligne. L’aide départementale par interne est de maximum 1800€ ;

  • Améliorer l’accueil des internes en favorisant, dans les communes, la création de maison des étudiants, offrant un logement aux étudiants en santé et favorisant l’interprofessionnalité ;

  • L’Ordre des médecins mobilise ses alumni afin qu’ils suivent une formation de Maître de Stage Universitaire (MSU) : considérant que tout doit être fait pour permettre aux médecins généralistes de devenir MSU, l’Agence régionale de santé s’engage à permettre aux médecins qui le souhaitent de devenir maître de stage. L’ARS s’engage à assurer un suivi des dossiers de candidature des médecins souhaitant devenir MSU.

Promouvoir les atouts des territoires :

 

  • Création d’un « Week-end Adrénaline » : week-end réservé aux internes et aux jeunes médecins. Plusieurs activités sont proposées : canyoning, saut à l’élastique, paddle, tyrolienne, hydrospeed, escalade, via ferrata… ;

  • Création d’un Week-end Découverte : activités sportives, de loisirs, découverte du patrimoine, visite de caves, repas gastronomiques pour goûter les spécialités locales, visites de maisons de santé pour échanger avec des professionnels ;

  • Durant l’année, des animations gratuites ou à des tarifs réduits leur sont proposés : festivals de musique, du livre…

  • Des visites privées leur sont proposés : visites exceptionnelles du patrimoine (ex : le Viaduc de Millau) ;

  • Le SDIS a mis en place un stage de découverte « Médecin Pompier » : les internes de médecine générale en stage ambulatoire vont découvrir le milieu des sapeurs-pompiers au cours d’un stage de formation de 5 jours auprès des professionnels ;

  • Plusieurs formations : formation au bilan d’une victime grave, initiation au port de l’ARI (appareil respiratoire isolant), passage au caisson du feu, désincarcération, manœuvres avec les équipes du SAV (sauvetage aquatique), le GRIMP (groupe de recherche et d’intervention en milieu périlleux), formation au plan NOVI (nombreuses victimes).

 

Promouvoir les postes :

 

  • Création d’une plateforme « installation » : les offres d’emploi, les possibilités d’installation sont déposées en ligne directement sur le site du département par les médecins eux-mêmes. Dans cette annonce, il est précisé le poste proposé, des renseignements sur le cabinet, sur l’exercice médical, sur l’offre médicale aux alentours et sur le cadre de vie. Ce document offre un descriptif détaillé de l’environnement professionnel et du cadre de vie ;

  • De même, tout médecin généraliste qui cherche un repreneur, un associé, ou un nouveau collaborateur, ou un remplaçant peut déposer directement son offre en ligne sur le site du département en remplissant un formulaire.

 

Aider à l’installation :

 

  • Bourse d’engagement à l’installation ou Aides financières aux étudiants en médecine générale : l’aide financière est accordée aux étudiants pendant le 3e cycle de médecine générale qui s’engagent à s’installer dans le département ;

  • Dans le cadre des bourses d’engagement, l’AMF (Association des Maires de France) et l’AMRF (Association des Maires Ruraux de France) du département peuvent mettre à disposition à titre gracieux des logements et un raccordement internet ;

  • Accompagnement personnalisé des médecins projetant de s’installer sur le territoire avec une personne dédiée à cette fonction : accompagnement réalisé par le conseil départemental tout au long de la mise en place du projet d’installation : projet professionnel, projet de vie, rapprochement du conjoint, découverte du département ;

  • Soutien pour trouver un emploi au conjoint.

 

Accentuer la communication :

 

  • Création d’un poste au sein du service Développement du territoire du conseil départemental dédié à répondre à toutes les interrogations des jeunes médecins ;

  • Présence et Participation accrue dans les universités, salons, évènements (ex : Job Dating), Congrès. Les départements qui ont mis en place ces politiques d’attractivité médicale ont, aussi, renforcé leur politique de communication et leur présence sur le terrain pour accroître la lisibilité et la visibilité de leurs dispositifs ;

  • Création d’un site internet dédié et d’une page Facebook ;

  • Organisation d’évènements ;

  • Recherche de tout partenariat facilitant la mise en place du dispositif.

 

Parler de déserts médicaux effraie. On s’imagine tout de suite la salle d’attente pleine et le burn-out arrivant à grands pas. S’inscrivant dans une démarche volontariste, des départements se sont emparés de cette problématique. Ils ont compris que les jeunes médecins sont tentés par un territoire où ils savent qu’ils vont pouvoir trouver l’essentiel de ce qu’ils recherchent. D’où la nécessité de leur fournir une offre professionnelle et personnelle. Ces collectivités ont su montrer qu’en plus de proposer des opportunités de travail, elles proposaient, également, un cadre de vie (réseaux de médecins, richesse culturelle et patrimoniale, offre sportive). L’objectif étant de créer un lien solide entre la collectivité et les acteurs locaux de la santé.

2. Repenser le transport sanitaire

Dans un contexte où les dépenses liées au transport sanitaire ne cessent d’augmenter, il devient urgent de poser les différents types de transports sanitaires, leur répartition entre les différents acteurs, leurs indications. Les ressentis des différentes professions sont très divergents.

Les ambulanciers agissent sur 3 secteurs qu’ils partagent avec d’autres professionnels de santé pour chaque secteur :

  • Préhospitalier : Ambulanciers, Pompiers et SMUR ;

  • Inter-hospitalier : Ambulanciers et SAMU ;

  • Transports VSL (véhicule sanitaire léger) : Ambulanciers et Taxis.

Il serait intéressant de voir la part de marché que détiennent les ambulanciers en regard de celle des taxis et des pompiers. Ils estiment leurs coûts bien inférieurs à ces derniers, et notamment les taxis, qu’ils jugent responsable d’une part de cette augmentation des dépenses.

Le système des carences mis en place dans les établissements hospitaliers pour les pompiers sont eux aussi ressentis comme une distorsion de concurrence. En dehors de ce ressenti, la question des domaines de compétences et de la fonction exacte de chaque transporteur sanitaire se pose : Qui doit faire quoi, dans quelles circonstances, dans quel périmètre ? Pour quel type de transport assure-t-on le maximum de sécurité pour le patient ? Quel est le mode de transport le plus approprié, le plus économique tout en respectant les règles de sécurité ?

Enfin, alors que le numéro d’urgence unique est devenu une priorité après le drame de Strasbourg, sa création imposera une véritable réflexion sur la répartition des transports entre les deux « concurrents » du préhospitalier : les pompiers et les ambulances.

Il serait aussi pertinent de faire une étude des éventuels bénéfices engendrés par l’augmentation de l’ambulatoire comparés à la diminution des hospitalisations.  Si l’objectif premier de développer l’ambulatoire est de faire des économies par la diminution des hospitalisations, elle entraîne aussi la hausse de l’utilisation des transports en retour.

Emmener une formation améliorée et adaptée du métier d’ambulancier en mutualisant leurs enseignements avec les autres paramédicaux permettrait de revaloriser cette profession. Elle apporterait aussi davantage de capacités à des professionnels qui sont trop souvent dans le dépassement de compétences et le glissement de tâches. Améliorer l’offre de formation existante ne résoudrait pas toutes les problématiques, loin de là, mais permettrait aussi une hausse d’attractivité du métier d’ambulancier, avec le passage du permis inclus dans le cursus éventuellement.

En clair, à l’heure où la question des mobilités en général sera au cœur des processus de réinvention du monde auquel on aspire, celle d’un transport sanitaire, plus vert, plus pertinent, plus performant doit être une priorité.

 

3. Donner la priorité au décloisonnement

(Contribution de Delphine Bagarry, Députée des Alpes de Haute-Provence)

 

Le parcours de soin doit répondre à l’évolution de notre système de santé. 

Il nous faut penser le soin comme une prise en charge multidisciplinaire : le parcours du patient doit se décliner au sein des communautés professionnelles territoriales de santé, véritables déclinaisons territoriales opérationnelles de la démocratie sanitaire. Ces dernières mettent en place les protocoles de coopération, les délégations de compétences, les liens entre les différents établissements, les professionnels libéraux ou non et les collectivités. Pour un accès aux soins simplifié et coordonné, adapté aux besoins d’un territoire défini.

Le cloisonnement entre le sanitaire et le médico-social, entre la ville et l’hôpital, a des conséquences importantes dans la qualité du soin et la qualité de vie au travail. Il induit des conséquences juridiques importantes en termes de financement et d’organisation, alors même que la différence peut être tenue. C’est le cas du cloisonnement entre les EHPADs et les soins de longue durée à l’hôpital. De même, la crise sanitaire a révélé une impossibilité de communication entre la ville et l’hôpital : des infirmières libérales et scolaires n’ont pas pu être recrutées dans l’hôpital, alors même que les groupements hospitaliers en avaient besoin.   

Il faut plus de démocratie dans notre système de soin en développant les outils de la démocratie sanitaire. Il faut faire des conseils territoriaux de santé (installés depuis la loi de 2016) de vrais organes opérationnels pour les politiques d’accès aux soins : les diagnostics y seront partagés, ainsi que les solutions à mettre en œuvre. Ils réunissent en effet autant les institutions que les acteurs du soin (professionnels de santé et du monde médico-social) hospitaliers et libéraux, les élus locaux et les usagers. Leur périmètre de réflexion doit être adapté à la réponse opérationnelle effective que l’on attend. Ils doivent se décliner sur une zone correspondant aux besoins exprimés (départementale ou intercommunale).

Vous êtes un professionnel de santé ?

Participez à la discussion !