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Collectif Je suis infirmière puéricultrice
07 janv. 2021
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Suite à la publication du rapport de la commission des 1000 premiers jours de l’enfant en septembre dernier, plusieurs infirmières puéricultrices se sont soulevées pour revendiquer leur rôle et leur place dans la mise en œuvre de la promotion de la santé de l’enfant et le soutien à la parentalité. Notons que les 1000 premiers jours sont un point d’appel pour parler de cette profession, dont les compétences s’étendent toutefois bien au-delà des deux ans de l’enfant. Les réseaux sociaux ont alors facilité les rencontres de professionnelles motivées, et ont donné naissance à un groupe de travail. Autour d’une douzaine de fondatrices, le Collectif Je suis infirmière puéricultrice a rapidement atteint le millier de membres (belle symbolique !), dont l’objectif est la reconnaissance de la profession. La première action publique du collectif a été de rédiger et mettre en ligne une pétition. Dès la première semaine, elle a obtenu plus de 16 000 signatures, essentiellement des infirmières puéricultrices diplômées d’Etat (nous sommes 21 000 IPDE en France), mais aussi des étudiants, d’autres professionnels de santé et de l’enfance, des associations, ainsi que des parents et futurs parents. Vous pourrez en prendre connaissance ici : https://www.mesopinions.com/petition/sante/prise-soin-optimale-globale-individualisee-enfant/117739 Conscientes que d'autres avant nous ont essayé de se faire entendre, nous souhaitons aujourd’hui montrer que l'ensemble de la profession souhaite des changements effectifs et efficients sans tarder. Les demandes récurrentes de l'ANPDE (Association Nationale des Puéricultrices Diplômées et des Etudiants), et notamment ses 10 propositions formulées suite à l’audition par la commission des 1000 premiers jours il y a un an, sont tout à fait corrélées à nos attentes. Nous trouvons donc que la commission des 1000 jours se base insuffisamment sur les compétences de l’infirmière puéricultrice, la citant à peine, et uniquement pour son rôle en PMI. L’infirmière puéricultrice, experte dans le développement tant psychomoteur qu’affectif de l’enfant, son suivi et les dépistages qui s’y rapportent, mais aussi dans les soins techniques pédiatriques ainsi que dans le soutien à la parentalité et à la relation d’attachement, l’allaitement maternel et la diversification, joue pourtant un rôle prépondérant dans la promotion de la santé de l’enfant dans différents secteurs : - hospitalier : maternité, pédiatrie (médecine, chirurgie, urgences, réanimation, néonatologie), formation des auxiliaires de puériculture et des infirmières et sages-femmes puéricultrices - territorial : PMI, EAJE, CAMSP, pouponnières, centres maternels, milieu scolaire… - privé : EAJE, micro-entreprenariat ou activité salariée pour soutien à la parentalité - libéral : comme sage-femme ou infirmier·e libéral·e La plus-value de la spécialisation est donc méconnue, tant du grand public que d’autres professionnels de la santé ou même de nos dirigeants. En établissement d’accueil du jeune enfant par exemple, l’infirmière puéricultrice est souvent confondue avec l’auxiliaire de puériculture (autre diplôme d’Etat de la santé de l’enfant, basé sur une formation de 10 mois, accessible dès 17 ans sans diplôme préalable). Dans les listes des spécialités infirmières, nous apparaissons rarement, ou alors de manière erronée, alors même que la puériculture est la première spécialité infirmière en termes d’effectif. La tendance à la création de nouvelles disciplines de pratique avancée nous questionne et nous inquiète : la pratique avancée en pédiatrie ne doit pas être accessible aux infirmiers non puériculteurs. Nous sommes également très concernées par l’émergence de « nouveaux métiers », à moindre formation et compétences, qui exercent dans le soutien à la parentalité alors que les IPDE ne peuvent faire valoir leur expertise. Par ailleurs, de moins en moins d’infirmières puéricultrices exercent dans les services hospitaliers (pour cause budgétaire essentiellement), ce qui diminue la qualité des soins prodigués. Pourtant, nous n’avons pas fait le choix de la spécialisation par appât du gain : la différence salariale mensuelle entre IDE et IPDE est de l’ordre de 150 € (pour une année de formation et un DE supplémentaire). Au niveau territorial, nous faisons le même constat : les Conseils Départementaux n’ont plus les moyens d’employer suffisamment d’infirmières puéricultrices, leur préférant des infirmières non spécialisées, n’ayant pourtant pas les clés nécessaires pour promouvoir la santé de l’enfant. Le versant protection de l’enfance est également en danger, inégalement mis en œuvre sur le territoire national. Nous constatons de grandes disparités de fonctionnement, de moyens et de personnel selon les départements. La Société Française de Néonatologie propose quant à elle de « spécialiser des infirmières en néonatologie » (à raison d’une formation de 3 mois), afin d’améliorer la prise en soin de nouveau-nés prématurés ou hospitalisés, alors même que les infirmières puéricultrices existent, suivant déjà une formation d’un an basée sur la pédiatrie et la néonatologie. Enfin, aujourd’hui encore, il est impossible pour une infirmière puéricultrice de s’installer pour une activité libérale conventionnée de suivi de l’enfant et d’accompagnement à la parentalité, sauf à faire une croix sur sa spécialisation (ce qui implique que la plupart des soins apportés aux enfants en ville le sont par des infirmiers libéraux, non spécialisés en pédiatrie). Le développement d’une activité libérale de l’infirmière puéricultrice répondrait pourtant à nombre des besoins soulevés dans le rapport de la commission des 1000 premiers jours de l’enfant. Fortes de tous ces constats, nous vous formulons les propositions suivantes : 1 / Reconnaître l’expertise de l’IPDE dans la prise en soins de l’enfant et de sa famille, ainsi que dans le soutien à la parentalité : - Identifier l’IPDE comme possible « référent », dans la mise en œuvre du projet de « parcours des 1000 jours ». Investissant simultanément les secteurs médicaux, sociaux, psychologiques et éducatifs, l’IPDE effectue une analyse globale des situations et coordonne les différents professionnels. En effet, le rapport de la commission propose que ce référent soit sage-femme ou professionnel du soutien à la parentalité (comme les assistants du service social) : les IPDE sont parfaitement adapté.e.s à ce poste. - Créer la pratique avancée en pédiatrie, et en réserver l’exercice aux IPDE et leur ouvrir une passerelle pour la formation, réduisant celle-ci à l’année de tronc commun (l’année de spécialité étant déjà effectuée à l’école de puériculture) - Admettre que la formation de puéricultrice est nécessaire pour travailler auprès des nouveau-nés prématurés (au lieu de créer une formation de 3 mois pour spécialiser des IDE, comme le recommande le GREEN). - Assurer une présence minimale d’IPDE dans tous les secteurs d’activité autour du développement et de la santé de l’enfant : augmenter le ratio IPDE // IDE dans les services de soins pédiatriques (y compris néonataux) et pédopsychiatriques, de maternité, de protection maternelle et infantile ; (re)faire de l’IPDE la référence incontournable en établissement d’accueil de jeune enfant, autant en poste de direction et/ou binôme avec l’EJE , qu’en supervision technique de plusieurs structures (notamment concernant les questions de santé). - Concrétiser la réingénierie de la formation de spécialisation en puériculture (en attente depuis 10 ans), portant celle-ci à deux ans afin d’obtenir la reconnaissance en Master 2 : pour davantage d’équité entre les spécialités infirmières, tout en tenant compte des possibilités offertes par la Pratique Avancée. Augmenter la promotion professionnelle, la validation des acquis d’expérience, ou autres facilités d’accès et de financement à la spécialisation pour les IDE travaillant en secteur pédiatrique ou de protection de l’enfance ; ouvrir des places supplémentaires dans les instituts de formation afin d’augmenter le nombre d’IPDE disponibles. - Éclaircir et mettre en application nos champs de compétences, en regard de celles de nos collègues œuvrant pour la santé de l’enfant : les sages-femmes sont compétentes, en ce qui concerne l’enfant, pour ses 28 premiers jours, les IPDE jusqu’à sa majorité ; les auxiliaires de puériculture travaillent sous la responsabilité des IPDE (ou SF ou IDE), ont un champ de compétences très intéressant quoique plus restreint ; les éducateurs de jeunes enfants maîtrisent le versant éducatif et social, mais pas sanitaire, rendant la collaboration particulièrement complète, etc. 2 / Créer un cadre statutaire pour la consultation de puéricultrice / puériculteur, quel que soit le secteur d’exercice (hospitalier, territorial, privé, libéral), ainsi que pour l’accompagnement à la parentalité : - Coter la consultation de puéricultrice, quel que soit le lieu d’exercice, et notamment en maternité (pré et postnatal), néonatalogie, urgences/service de SAMU, PMI, établissement d’accueil du jeune enfant, libéral (pour du suivi de l’enfant, de la prévention, du dépistage, de l’accompagnement parental, du soutien à l’allaitement…) et permettre la prescription limitée (par exemple de tire-lait) ; - Créer une NGAP spécifique aux soins à l’enfant (la création du Haut Conseil des Nomenclatures par le Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale 2020 permet d’envisager une mise en œuvre rapide), tant dans les soins techniques (ne se réalisant pas de la même manière chez les adultes que chez les enfants et ne possédant pourtant pas de cotation spécifique) que dans les soins relationnels et d’accompagnement : soutien à la parentalité, consultation d’allaitement maternel, information sur la diversification, suivi du développement de l’enfant, etc ; - Favoriser la réalisation des soins pédiatriques en libéral par des IPDE ; - Légiférer les professions autour de l'accompagnement à la parentalité, afin de diminuer son exercice par des personnes non diplômées, non ou insuffisamment formées, auto-proclamées ; - Permettre la réalisation de certaines consultations obligatoires de l’enfant par l’IPDE libérale, de PMI ou de pédiatrie, en coordination avec le médecin. Les objectifs de la mise en œuvre des consultations de puéricultrice sont : Accompagner et soutenir les familles dans le processus de parentalité, soutenir la relation d’attachement à tout moment, dans une offre de soin luttant contre les inégalités ; Prévenir et repérer les situations de vulnérabilité, le burn-out parental ; Dépister des troubles psychologiques et difficultés du post partum ; Informer et accompagner les parents sur les rythmes et besoins du jeune enfant, son développement psychomoteur et affectif, les soins quotidiens, le portage ; Préparer, accompagner et soutenir l’allaitement maternel, informer sur l’utilisation éventuelle de préparations pour nourrisson et la diversification alimentaire ; Évaluer la santé de l’enfant, son développement, suivre la croissance staturo-pondérale et en dépister les troubles ; Suivre le calendrier vaccinal, réaliser les injections sur prescription médicale ; Expliquer aux parents l’outil que représente le carnet de santé ; Mener des actions de prévention : accidents domestiques, syndrome du bébé secoué, maltraitance / négligence, exposition aux écrans, plagiocéphalie, etc ; Dépister des pathologies, un handicap, un retard des apprentissages ou de croissance et orienter vers les professionnels adaptés ; Accompagner le parcours des familles dont l’enfant présente une situation de handicap ; Réaliser des soins techniques dans des conditions optimales, respectueuses des spécificités pédiatriques ; Limiter le recours aux urgences et désengorger les pédiatres libéraux.
Infirmières Puéricultrices : pour une prise en soin optimale de l'enfant et de sa famille content media
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