Santé environnementale

1. Une seule planète - une seule santé

2. La révolution énergétique

3. Penser les espaces en lien avec la santé

4. Economie circulaire

1. Une seule planète - Une seule santé

(Loïc Dombreval - Yolaine de Courson)

«  Affronter les menaces d’aujourd’hui et résoudre les problèmes de demain ne peuvent être accomplis avec les approches d’hier ».

C’est une des conclusions d’un colloque sur le concept « One Health » traduit en « une seule santé » qui s’est tenu à New York en 2004, il y a 16 ans.

« One Health » qui est à la fois un concept, une stratégie et un objectif, accroît incontestablement sa présence dans la communication d’organisations internationales de santé publique comme l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Mais le concept « une seule santé» est rarement, voire jamais, intégré dans les prises de décision sanitaires des gouvernements.

Pourtant la déclaration suivante est porteuse d’espoirs :

« Nous nous engageons à intégrer l’approche « une seule santé » dans toutes les politiques et tous les processus décisionnels pertinents à tous les niveaux, afin d’aborder la santé et la durabilité environnementale de manière intégrée. »

C’est en effet en ces termes que soixante dirigeants et chefs d’Etat, dont le Président de la République, Emmanuel MACRON, se sont engagés à l’occasion du sommet sur la biodiversité qui s’est tenu virtuellement le 30 septembre dernier.

Cet engagement « virtuel » doit rapidement produire des effets concrets.

Ce concept «une seule santé» avec l’approche interdisciplinaire qu’il promeut peut nous aider à mieux appréhender, anticiper et gérer l’irruption de nouvelles pandémies.

Comme il peut inspirer nos prises de décisions dans les domaines sanitaires, économiques, alimentaires et politiques, il est intéressant de se remémorer les quelques principes fondamentaux qui ont été livrés lors de la conférence organisée par la Société pour la Conservation de la Vie Sauvage, en 2004 à New York.

Le premier de ces principes réside évidemment dans la reconnaissance même des liens entre santé humaine, santé animale et environnement.

Un autre principe essentiel tient à la nécessité d’approches à la fois globales et prospectives des maladies infectieuses émergentes tenant compte des interconnexions complexes entre espèces.

Il s’agit aussi d’augmenter les investissements dans les infrastructures de santé et les réseaux internationaux de surveillance des maladies infectieuses, avec pour corollaire de partager rapidement et clairement les informations.

Mais au-delà, aujourd’hui, le principe, peut-être le plus important des principes posés, est sans doute lié à la sensibilisation des décideurs politiques à l’interconnexion du vivant.

Les solutions sanitaires classiques ont un impact négatif sur l’économie sans pour autant faire preuve d’une grande efficacité pour traiter et surtout prévenir la menace de nouvelles pandémies.

Par ailleurs, ces pandémies sont par définition planétaires. La solution est obligatoirement globale. 

 

Aujourd’hui, du point de vue de la gouvernance internationale, les trois grandes organisations références, l’OMS, la FAO et l’OIE, ont, certes, signé une déclaration tripartite sur les approches intégrées de la santé, mais la dimension liée à la santé environnementale, peine à s’y exprimer suffisamment.

C’est pourquoi des chercheurs du Cirad, ainsi que l’Académie vétérinaire de France ont proposé que le Programme des Nations-unies pour l’environnement (PNUE) rejoigne la démarche globale « One Health » de l’OMS, la FAO, l’OIE.

À l’image de toute problématique d’échelle mondiale, comme le changement climatique par exemple, l’organisation de la prévention et de la gestion des risques doit être multilatérale et aligner les objectifs des États en la matière.

S’agissant de la nouvelle étape indispensable qui est celle d’un portage politique de l’approche « une seule santé », il semble évident que la France, par son histoire sanitaire et par ses réseaux d’excellence a un rôle privilégié à jouer, un rôle de catalyseur, un rôle de chef de filât, pour impulser une structuration internationale de politique intégrée du concept « d’une seule santé ».

 

2. La rénovation énergétique

 

Nos établissements de santé doivent être conçus pour l’avenir ou ré-adaptés pour l’existant, dans un objectif d’autosuffisance énergétique avec, justement, cette ressource énergétique qu’est la ressource circulaire. Isolation, architecture, plutôt que climatisation.

On est désormais infiniment plus performant en construction d’habitations passives et d'éco matériaux aux propriétés isolantes remarquables; de même l'utilisation de techniques architecturales permet de réduire la consommation de climatisation par des méthodes d’aération et de ventilation réfléchies.

Enfin, le choix d’énergies renouvelables propres aux sites permet de mener vers une autonomie énergétique: panneaux photovoltaïques sur les toits ou les ombrières, géothermie, énergie de recyclage par incinération, les potentialités sont nombreuses et font désormais partie des choix d’orientation pour les nouvelles constructions.

3. Penser les espaces en lien avec la santé

Fonctionnalité, bien-être humain, deux enjeux qu’on oublie trop souvent de concilier. Établissements de santé, centres hospitaliers, universitaires ou généraux, EHPAD, centres médicaux sociaux, structures de réadaptation, etc… chacun  doit être en harmonie avec son environnement. 

Au niveau des mobilités tout d’abord, pour accéder aux établissements, aux parkings et aux espaces verts, chaque établissement doit répondre à des contraintes différentes mais tous nécessitent des accès facilités, rapides, avec des dessertes routières fluides, tant pour les véhicules personnels que pour les transports en commun. Historiquement, les hôpitaux étaient à proximité des villes et celles-ci ont grandi autour d’eux pour finir par les entourer. Les problèmes d’accès pour les urgences se sont multipliés avec la circulation et les embouteillages, péjorant les prises en charge en rendant aléatoire les délais d’intervention. Par ailleurs, le développement des établissements et donc de leur fréquentation, par les visites, les personnels et les patients hospitalisés nécessitent des parkings d’accueil de plus en plus important, véritable casse-tête foncier. 

En se déplaçant vers les périphéries, les hôpitaux ont cru résoudre cette double problématique mais ce ne fut qu’un sursis. L’augmentation exponentielle des véhicules personnels et donc de la circulation, conjuguée à l’étalement urbain incontrôlé ont ramené la situation à ses problèmes initiaux. Les extensions et les créations d’établissements se doivent d’intégrer cette dimension. Multiplier les raccordements pour une accessibilité par transport public, prévoir des mobilités douces, investir dans des parkings souterrains pour limiter l’artificialisation des sols (et son problème corollaire ô combien important dans le sud de la france, l’imperméabilisation) doivent être des impératifs. 

 

L’agencement des services car combien de services sont imaginés par des architectes qui n’ont aucune idée de l’utilisation des espaces hospitaliers ! Ces propos, n’importe qui ayant travaillé dans un établissement hospitalier pourra l’étayer en l'illustrant d’une anecdote personnelle. Permettons aux professionnels, aux personnels de tous les échelons de participer à la conceptualisation des bâtiments. L’aide-soignante sait où doit être placé le plus judicieusement possible le lave-bassin, elle seule sait combien de fois il sera utilisé quotidiennement et quels espaces elle devra traverser pour l’atteindre. L’infirmière sait de combien de rayonnages elle a besoin, de quelle superficie de banque elle nécessite et le brancardier sait à quelle hauteur placer les protections murales , quelle largeur de porte il faut et quels virages sont négociables. ou pas. Le médecin-réanimateur sait de combien de prises électriques, avec onduleur ou non, il a besoin, de combien d’accès aux fluides et de quel espace à la tête du lit et autour il lui faut. Même chose pour l’agencement et la disposition des services, leurs moyens de relation, couloirs, ascenseurs, etc., c’est aux professionnels de juger s'ils sont envisageables.   

 

L’intégration au paysage urbain. On n’insistera jamais assez sur l’importance de l’esthétique et de l’équilibre pour apporter une dimension humaine à tout projet architectural.  Le feng shui a fait son entrée en architecture et en aménagement intérieur. La question du volume idéal interroge aussi. Là encore, la recherche de la “juste taille” doit être au cœur des préoccupations de tout nouveau projet hospitalier. L’hôpital-usine est un modèle d’un autre siècle que plus personne ne soutient.

Végétalisation : Chaque fois que l’été et ses grandes chaleurs se terminent, avec elles s’éloigne le souvenir de tout ce qui contribuait à mieux les supporter. En outre, la sécheresse qui les accompagne nous rappelle que l’eau est le plus précieux des biens.

L’impact sur l’environnement est évident, celui sur notre santé tout aussi préoccupant.

A l’époque pas si lointaine où notre société vivait sans climatiseurs ni rafraîchisseurs d’air, de longues allées bordées d’arbres centenaires protégeaient du soleil nos voies de communication. Mais les lotissements, les aménagements urbains, les routes, les zones d’activités commerciales ont gangrené et gangrènent toujours un peu plus nos espaces naturels.

Aujourd’hui, certaines communes, conscientes des bienfaits engendrés par la végétalisation, œuvrent à réparer le bétonnage outrancier qu’elles ont commis plusieurs années auparavant. Des “forêts urbaines” jaillissent ici et là. Trop rares pour avoir un impact sur l’amélioration de la qualité de l’air, des températures mais des exemples qui nous remplissent d’espérance.

Les bienfaits des arbres sont nombreux et incontestables. 

Rappel des saisons, ils rendent la température plus clémente et l’atmosphère moins irrespirable. 

Refuge d’espèces diverses et variées, ils atténuent le changement climatique que nous subissons au quotidien et contribuent à diminuer la pollution atmosphérique. 

Profondément enracinés, ils luttent contre le ruissellement et l’érosion des sols.

Leur présence agit sur notre état mental, nous déstresse sans que nous nous en rendions compte et nous fait tout simplement du bien. A Singapour, toutes les fenêtres des hôpitaux doivent obligatoirement donner sur des arbres tant leur simple vue nous est bénéfique et permet d’améliorer le rétablissement des patients et des personnes fragiles. La nature est une source de bienfaits infinis. A tel point que certains médecins n’hésitent pas à “prescrire de la nature”, insistant sur l’apaisement, la tranquillité et la protection qu’apporte le contact avec les arbres. 

Mais un arbre ne pousse pas immédiatement…et planter a un coût ! C’est pourquoi, si planter des arbres est une excellente chose, ne pas les couper, surtout les grands arbres, est encore mieux !

Plutôt que de trouver une justification chaque fois que l’on coupe un arbre, parfois centenaire, cherchons une solution alternative qui préserve l’arbre. Un arbre nécessite de l’entretien, du savoir-faire et du temps, trois choses auxquelles notre époque répugne tant nous sommes dans l’immédiateté et dans l’usage unique. Car un arbre ne peut pas n’être présent que quelques semaines par an, les jours de canicule, puis disparaître et réapparaître à nouveau dès que ses vertus redeviennent nécessaires.

Parce qu’un arbre nécessite un entretien constant : coupe, ramassage des feuilles, surveillance de l’état de santé de l’arbre... parce qu’il peut, lors d’intempéries, nous protéger mais paradoxalement être aussi une source de danger par sa chute ou celles de ses branches, le choix est vite fait de l’éradiquer. À un risque éventuel, dans un monde où le principe de précaution règne en maître, nous préférons aggraver un danger réel, déjà présent, celui du changement climatique.

Changeons notre regard sur ces précieux alliés pour une santé environnementale et dans la lutte contre le changement climatique. Car des alliés, dans ce combat inégal, nous en avons bien peu…

 

4. Economie circulaire

Trop peu de centres de santé, quelle que soit leur taille, mettent en œuvre une véritable gestion des déchets, prenant en considération la perspective du recyclage. Pas de poubelles dédiées et quand il y en a, pas de respect scrupuleux du tri. Le volume de déchets des établissements de santé est pourtant énorme, et cette prise de conscience de la part des soignants et des usagers ne peut être mise en œuvre si les moyens nécessaires ne le sont pas. Investissement et éducation sont à la clé de ce changement comportemental.

Les déchets hospitaliers interpellent par leur volume mais aussi par leur nature. La médecine consomme un grand nombre de produits extrêmement toxiques, dont l’élimination par les eaux usées est très insuffisamment abordée. De même, on y retrouve la spécificité organique, bactériologique et virale d’un très grand volume de déchets. Lorsqu’elle est traitée par des filières rigoureuses, elle est très onéreuse, d’autant plus que la médiocrité du tri fait que l’on traite, à ces méthodes aux tarifs prohibitifs, un grand nombre de déchets qui ne le nécessitent pas. Beaucoup d’efforts sont à mener dans ce domaine qui passe en grande partie par une éducation à la gestion des déchets auprès des personnels.

Le gaspillage est une donnée difficile à appréhender. Non seulement les consignes de sécurité font que l’on prépare beaucoup trop de seringues préremplies (avec une durée d’utilisation très réduite, parfois de quelques heures), mais aussi, le conditionnement des médicaments ne permet pas le plus souvent d’être dans un mode économique (conditionnement individuel emmenant un grand volume de déchets des contenants, verres, plastiques et carton, conditionnement des produits liquides dans des volumes inadaptés comme par exemple en pédiatrie où l’on peut utiliser des poches de 500 ml pour un usage de quelques ml nécessitant de jeter le reste pour des raisons d'asepsie, etc…)

Les emballages sont extrêmement nombreux, soit pour des raisons de protection des chocs, soit pour des enveloppements successifs pour un conditionnement stérile, soit tout simplement car rien n’est pensé pour limiter au maximum le conditionnement, créant ainsi des volumes impressionnants . 

Enfin, le développement de l’usage unique a fait exploser les volumes, en particulier en prenant le pas sur la blanchisserie. Draps, tenues, blouses sont désormais le plus souvent en papier et même plastifiés. Le recyclage n’en est que plus délicat et complexe. Leur destruction est source de microplastiques si elle est mécanique, de composés chimiques volatiles si elle est de nature incinérée.

 

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